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Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire – interview de Belén le Foyer de Costil


Le 30 janvier 2020, a été définitivement adopté le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Cette loi entend accélérer le changement des modèles de production et de consommation afin de réduire les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat.

A cette occasion, Lex Machine a rencontré Belén le Foyer de Costil, responsable de collection dans le secteur de la mode et du textile pour discuter des conséquences de cette loi dans ce secteur.

La mode est souvent pointée du doigt en matière de production et de gestion de ses déchets, en particulier la fast-fashion. Cependant, le secteur était déjà soumis à certaines réglementation en la matière.

Belén le Foyer de Costil: Il existe en effet depuis 2007 une filière dite de “Responsabilité élargie du producteur” (REP) relative aux textiles, linge de maison et chaussures destinés aux ménages. Ceux qui mettent sur le marché ces produits sont tenus de contribuer ou de pourvoir au recyclage et au traitement des déchets issus de ces produits. Les metteurs sur le marché, c’est à dire les producteurs, fabricants, importateurs et distributeurs peuvent soit mettre en place un système individuel de recyclage et de traitement de ces déchets, soit contribuer financièrement à un organisme adhoc.

Où en sommes nous aujourd’hui de la collecte de ces déchets textiles ?

La collecte des textiles progresse. Environ 239 000 tonnes ont été collectées en France en 2018.

Selon les derniers chiffres connus, sur les 187 000 tonnes triées par un centre de tri en convention avec Eco TLC:
– Environ 58% ont été réutilisés
– Environ 33% ont été recyclés (effilochage, chiffons)
– Environ 8 % ont été valorisés énergétiquement
– 0,4 % ont été éliminés.

Le recyclage de ces textiles usagés devrait progresser. Par exemple, j’ai eu l’opportunité de visiter une usine test à Hong Kong, co-financée par de grands groupes de la fast-fashion qui permet de recycler des vêtements usagés en fibre, et ensuite de produire de la filature.

On peut aussi relever que, selon l’étude d’impact du projet de loi, la production de vêtements à partir de textile recyclé permet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 98 % par rapport à une fabrication à partir de matière première vierge.

La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire va interdire la destruction des invendus non alimentaires neufs. Pourquoi cette interdiction?

Chaque année, entre 10 000 et 20 000 tonnes de produits textiles sont détruits en France. Ce n’est certes qu’une partie des 600 000 tonnes de textiles, linge de maison, chaussures mis sur le marché en France, mais c’est considérable.

Les maisons de mode sont-elles prêtes?

Certaines commencent à y travailler notamment en amont. Elles revoient leur volume de production à la baisse pour diminuer les stocks et donc les invendus à la fin d’une saison. C’est une démarche positive, non seulement pour l’environnement mais également pour leurs résultats économiques.

Celles qui conservent des restes importants de matière première, peuvent se tourner vers des créateurs qui travaillent en ‘”upcycling”. Ces derniers produisent de petites collections avec la matière disponible neuve d’autres maisons, par exemple Les Récupérables ou Eléa & Cybèle. Parfois c’est même fait en interne, comme la marque “petit h” créée par Hermès avec les chutes de leur production principale.

Par ailleurs, tout un travail est effectué avec les associations qui récupéreront les invendus pour les distribuer. Certaines start-up mettent par exemple en relation les associations et les producteurs de vêtements. Ce sont notamment des startups qui avaient le même objet dans le domaine alimentaire, où l’interdiction de détruire les invendus a débuté.

Et les consommateurs dans tout ça?

Ils sont de plus en plus sensibles à ces problématiques. D’ailleurs la vente de vêtements d’occasion explose comme en témoignent les succès de Vinted ou de Kiliwatch. On peut aussi relever que certaines entreprises se saisissent de cette tendance, comme Jacadi avec IDtroc.

L’information des consommateurs va être renforcée avec la loi anti-gaspillage avec un dispositif d’affichage environnemental destiné à apporter une information relative aux caractéristiques environnementales. Ce dispositif deviendra obligatoire pour le secteur du textile d’habillement, au delà d’une certaine taille d’entreprise non encore connue.