Guide des études de droit


Les clichés sur les études de droit ont la vie dure: bourrage de crâne, apprentissage par cœur, difficultés insurmontables… Peut-être est-ce car le droit est une des rares discipline de l’enseignement supérieur à n’être pas du tout étudiée au lycée. Ou peut être est-ce car le droit lui-même est jugé jargonneux et incompréhensible.

Quoi qu’il en soit, du bac jusqu’au doctorat, voici quelques réponses aux questions que les étudiants en droit se posent.

 

Sommaire

Avant la fac: quel bac pour poursuivre des études de droit ?

Si les facultés de droit sont en théorie ouvertes à tous les bacheliers, il faut admettre qu’elles sont en pratique quasi-réservées aux lycéens ayant passé des bacs généraux (L, S, ES). Les taux d’échecs sont en effet très importants pour les étudiants venant de bacs pro ou technologiques.

Tous les bacs généraux réussissent de manière assez équivalente en fac de droit, avec chacun leurs avantages et inconvénients:

  • Le Bac L permet d’acquérir une meilleure culture littéraire et historique qui ne pourra qu’être utile: apprentissage de la dissertation, préparation pour les cours d’histoire du droit de première année…
  • Le Bac S, peut sembler plus éloigné du droit mais ce n’est pas tout à fait vrai car à l’instar des mathématiques, le droit repose sur la rigueur, la démonstration et la logique plus que sur le style littéraire…même si une bonne orthographe est indispensable.
  • Le Bac ES est également un bon choix car il permet de poursuivre les mathématiques tout en ayant un premier bagage en sciences humaines, discipline dont fait partie la science juridique.

Les statistiques de réussites sont les suivantes:  Bac ES : 35% ; Bac L : 32%  ; Bac S : 36% ; Bac Technologique (STG) : 8% – Bac Pro : 3% .

L’entrée en fac de droit: faire les bons choix

Une fac de droit, oui mais laquelle?

Où « faire son droit » ? Le choix peut sembler de prime abord difficile mais ce n’est pas si compliqué: les facultés de droit ont un quasi-monopole de l’enseignement du droit (que les Instituts d’études politiques tentent de grignoter mais ce n’est pas demain la veille). Les options sont donc finalement assez limitées.

(on ne parle pas des

S’inscrire à la faculté de droit où l’on est sectorisé

Choisir la fac à laquelle on est sectorisé est le plus simple. Tout se fait via la procédure APB (admission post-bac).

On est en assuré d’avoir une place dans une université de son académie, ce qui n’est pas le cas si on fait une demande de dérogation.

L’avantage est également d’être moins perdu: étudier près de chez soi permettra de retrouver probablement quelques amis sur les bancs de la fac. Les premières semaines, voire les premiers mois peuvent être difficiles pour les ex-lycéens ;  un cadre familier peut faciliter la transition entre le lycée et l’université. Il pourra d’ailleurs être temps de changer d’université dans un second temps.

Demander une dérogation hors de son académie.

Demander une dérogation hors de son académie peut permettre de viser une université plus grande ou plus prestigieuse (et déménager loin des parents pour ceux qui ont soif de liberté).

Parmi les universités les plus réputées : Paris 2 Panthéon-Assas reste la numéro 1, suivie de peu par Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Les facs de Strasbourg, Aix-en-Provence, Bordeaux, Nanterre, Lyon, Sceaux, Descartes,  Toulouse, Dijon, Rennes, Lille figurent également parmi les plus cotées, sans que la liste ne soit bien sûr exhaustive.

En général, il s’agit des facultés des grandes villes qui ont la taille critique nécessaire pour disposer d’un centre de recherche, attirer les professeurs les plus connus, et proposer plus de choix aux étudiants. Cela à son revers. Pour donner une idée de l’ambiance des « grosses facs », il faut imaginer que descours à Assas sont dispensés dans un amphithéâtre de 1700 places…

Les plus petites facultés de droit peuvent offrir quant à elles un cadre souvent moins impersonnel, plus de suivi des étudiants, des professeurs peut être moins connus mais souvent plus jeunes et motivés ainsi que des projets pédagogiques innovants.

Enfin, il est possible s’inscrire dans une faculté privée (et payante) hors procédure APB (ex: l’Université Catholique de Lille). C’est cependant assez marginal.

La bi-licence: une filière sélective

Certaines facultés de droit proposent des bi-licences : art et droit, géographie et droit, économie et droit, gestion et droit etc. C’est une bonne alternative pour ceux qui hésitent entre deux filières, souhaitent se spécialiser plus tardivement ou veulent tout simplement garder l’esprit ouvert. On retrouve également des bi-licences droit et langue très prisées: droit et anglais, droit et allemand, droit et italien etc. Des filières intéressantes, d’autant que les cours de langues sont souvent peu poussés en fac de droit.

En pratique, la bi-licence est un mélange des  « grosses matières » (c’est à dire celles avec TD et gros coefficient) de chacune des deux filières, l’étudiant étant dispensé des « petites matières ». C’est donc plus de travail qu’une licence classique mais néanmoins moins que de suivre deux licences en parallèle (ce qui serait impossible).

A noter, l’inscription dans une bi-licence est sélective, et même pour certaines très sélectives. La sélection se fait sur dossier, sur la base des notes au lycée. Les bi-licences sont hors sectorisation APB et s’inscrire en bi-licence permet donc aux bons lycéens sélectionnés de pouvoir intégrer une faculté hors de leur académie.

 Camille Stromboni: CC BY-NC-ND 2.0

Camille Stromboni: CC BY-NC-ND 2.0

Déroulement des études de droit la L1 au M2

L’écrémage des deux premières années

S’il est facile de s’inscrire en faculté de droit, il est en revanche moins aisé de passer le double cap des première et deuxième années. Le droit reste une filière sélective et les taux d’échecs sont importants notamment au début : moins de la moitié des inscrits en première année de licence réussissent leur première année: 27 % des inscrits en L1 obtiennent leur licence en 3 ans, 12% en 4 ans, soit 39% des inscrits  qui parviennent à valider leur licence.

Pas de panique cependant, un certain nombre de ces étudiants n’étudient pas sérieusement, ce qui permet de relativiser ces statistiques…si vous faites partie des étudiants sérieux. Et n’oublions pas que c’est la difficulté des études de droit qui contribue à la valeur du diplôme sur le marché du travail.

La première année de droit (L1) porte sur les fondamentaux : avec notamment des cours de droit civil, droit constitutionnel, institutions administratives et juridictionnelles, et histoire du droit.

La deuxième année (L2) reste également généraliste. Le droit des obligations et le droit administratif en sont les deux « gros morceaux ». Parmi les « petites matières », vous pourrez étudier les finances publiques, le droit pénal ou le droit fiscal.

Licence 3  : le plus dur est passé

A partir de la troisième année de licence (L3), les taux de réussite aux examens remontent nettement. Si vous êtes arrivés en L3 c’est que vous avez compris la méthodologie juridique. L’enjeu n’est alors plus tant de passer l’année que de préparer la suite: avoir des bonnes notes et pourquoi pas, viser la mention dans le but d’obtenir le Master 2 de ses rêves.

C’est aussi l’année où il faut commencer à réfléchir un peu plus précisément à son projet professionnel : c’est le moment de faire des stages, de réfléchir à la spécialité qu’on souhaite poursuivre. C’est également le moment ou jamais de faire une année d’échange à l’étranger, voire de songer à s’inscrire au CRFPA pour passer le concours d’avocat en M1.

En règle générale, la licence 3 permet un début de spécialisation, notamment entre les deux grandes branches que sont le droit public et droit privé via le choix des options. Cette année  reste structurée autour de matières communes : procédure administrative, droit du travail, droit européen, régime des obligations, droit des sociétés, libertés fondamentales.

Master 1: une  sélection nouvelle

Auparavant la sélection se faisait en master 2. Néanmoins une loi en cours d’adoption prévoit qu’à compter de la rentrée 2017, les universités pourront désormais choisir leurs étudiants à l’entrée du master 1.  La sélection devrait se faire comme auparavant pour le M2 sur dossier.

En contrepartie de cette sélection, il est créé un droit à la poursuite d’études: Ceux qui n’ont pas obtenu leurs choix et qui en font la demande se voient proposer une inscription tenant compte de leur projet professionnel et de l’établissement dans lequel ils ont obtenu leur licence.

Avec ou sans la réforme, il faut retenir que l’année du master 1 est celle de la spécialisation avec une réelle différenciation entre les cursus. Le choix offert aux étudiants dépend de la taille des universités: droit privé, droit des affaires, droit public, droit européen, et droit international sont les plus fréquentes.

La réforme devrait probablement aboutir à une plus grande continuité entre M1 et M2: on ne choisirait plus un M1 ou un M2 mais un master unique de deux ans avec un programme pensé sur deux ans, avec sans doute toujours une spécialisation affinée entre les deux années du master.

Le Master 2 de droit : la sélection

Le choix du master 2 était un des plus importants, sinon le plus important de la scolarité du juriste. Cette étape cruciale pourrait cependant être avancée d’un an avec la sélection dès le master 1 comme indiqué précédemment.

Ce choix est primordial: si l’université dans laquelle vous aurez fait vos études compte pour les futurs recruteurs, c’est surtout le master qui permet de différencier les candidats sur le marché du travail.

C’est aussi le véritable choix d’une spécialisation qui guidera toute votre carrière, même si il n’est pas rare de travailler dans un domaine différent de celui de son master. Il convient donc de choisir le Master avec soin: en fonction du prestige du master et de la fac, mais aussi et surtout, de votre projet professionnel.

Ce dernier doit être réfléchi, au regard de vos goûts qui devraient désormais être affirmés mais aussi du marché du travail et des débouchés. C’est le moment de se renseigner sur les secteurs porteurs, en contactant des professionnels de votre spécialité, ou simplement en regardant les offres d’emplois. En ce moment par exemple, le droit de l’immobilier, le droit du travail et le droit fiscal sont assez porteurs. Le droit international, les droits de l’Homme, la propriété littéraire et artistique ou le droit pénal sont des matières passionnantes mais aux débouchées moins nombreuses. Si vous êtes vraiment intéressés par la matière, il ne faut cependant pas se décourager… mais en connaissance de cause. Le conseil qu’on pourrait donner est de ne pas choisir un master hyper spécialisé.

Les candidatures  pour les M2 doivent être envoyées durant le second semestre du M1. Le premier critère des directeurs de master est et restera celui des notes (mention, redoublement, moyennes,…), de la cohérence du cursus et du choix des matières. Compte-tenu du calendrier, seules les notes du premier semestre sont prises en compte. Il est donc important d’avoir eu des bonnes notes les années précédentes et ne pas tout miser sur le M1.

Les directeurs de Master prennent également en compte, le projet professionnel, le niveau de langue, notamment en anglais (test TOEIC par exemple), les activités extra scolaires, l’implication associative, et les stages. On dit qu’on est souvent un peu avantagé dans sa propre faculté (les professeurs voulant éviter que leurs propres étudiants se retrouvent sur le carreau et ayant confiance dans l’enseignement reçu par l’élève).

A noter, la distinction entre les masters 2 pro et les master 2 recherche. La différence tient à la présence d’un stage (master pro) ou de la rédaction d’un mémoire (master recherche). En pratique, le choix de l’un ou l’autre n’est pas si important pour votre destinée. L’avantage du master pro est qu’il vous permet de faire un stage de plus. Le master recherche est en revanche le seul qui vous permettra de vous initier au travail de recherche avec l’obligation de rédiger un mémoire, puis de poursuivre en doctorat.

L’année de M2 proprement dite est réputée, à raison, pour être la plus tranquille. Le nombre d’heures et la charge de travail deviennent moins importants. C’est aussi l’année pour approfondir ses connaissances et entrer dans le cœur d’une matière juridique. Ceux qui souhaitent poursuivre en doctorat continuent à travailler d’arrache-pied, afin de décrocher une bourse doctorale. Pour les autres, c’est l’occasion de profiter du rythme moins soutenu pour faire des stages, ou préparer en parallèle des concours.

Le doctorat de droit

Poursuivre en doctorat de droit est bien moins courant que dans les sciences dures. Seuls les plus férus des juristes deviennent « docteurs en droit ». C’est parmi ces docteurs ou thésards que sont recrutés vos chargés de TDs. D’une durée minimale de trois ans, il peut durer près de 5 ans, compte-tenu de la nécessité pour le thésard de préparer et donner des cours en parallèle, de rédiger des articles, ou de mener de front un emploi rémunérateur s’il n’a pas de bourse.

Ce travail passionnant, mais solitaire et de longue haleine est l’unique voie pour pouvoir enseigner en université. C’est la première étape pour devenir maître de conférences, professeur des universités ou professeur agrégé pour les plus brillants.

A noter, les bourses de doctorat sont rares en droit, comme dans toutes les sciences humaines et nombreux sont les thésards qui doivent préparer leur thèse sans financement.

Pour ceux qui ne souhaitent pas poursuivre dans la recherche ou l’enseignement, il faut se rappeler que le doctorat reste (malheureusement) assez peu valorisé par les recruteurs.

Le Diplôme universitaire en droit

Le Diplôme universitaire (ou DU) est un diplôme à part, hors système « LMD ».  Les DU sont d’une durée d’un an et permettent une spécialisation rapide. Ils sont notamment prisés des personnes qui travaillent déjà ou ont travaillé et souhaitent reprendre les études sans suivre tout le cursus licence-master.

Etudes de droit

Camille Stromboni: CC BY-NC-ND 2.0

Réussir ses études de droit: nos conseils

La grande difficulté tient sans doute à l’adaptation au rythme propre des universités en général et des facultés de droit en particulier: une grande liberté est offerte aux étudiants avec des cours en amphithéâtre non obligatoires, peu ou pas de suivi des étudiants… le risque est donc grand pour l’étudiant de décrocher.

Or, malgré cette liberté nouvelle, la charge de travail est importante: il y des devoirs réguliers à rendre dans le cadre des TD, l’apprentissage de la prise de note (et non la dictée comme au lycée), l’étude en bibliothèque, le tout dans une ambiance parfois impersonnelle et compétitive, sans oublier l’essentiel, l’apprentissage du droit en lui-même.

Outre un niveau d’exigence supérieur à celui attendu au lycée, vous aurez à faire à des exercices inédits : dissertation juridique (en deux parties deux sous parties), commentaires d’arrêt, fiche d’arrêt et cas pratique. C’est sans doute la méthodologie plus que le contenu des connaissances qui présente la vraie difficulté pour les deux premières années. Il vous faudra aussi vous familiariser avec le jargon juridique qui rebute au premier abord: synallagmatique, stipulation, emphytéose et autre fiducie.

Voici nos conseils:

  • Travaillez régulièrement : Si vous vous réveillez la veille du partiel, ça sera sans doute déjà trop tard.
  • Préparez vos TD: ils sont le lieu privilégié de l’apprentissage, tant pendant le TD que lors de sa préparation.  Ecoutez, participez, et profitez d’avoir un enseignant disponible pour lui poser vos questions. C’est aussi l’occasion de gagner « facilement » des points .
  • Sauf exception, ne séchez pas les cours d’amphithéâtre: la prise de note reste un excellent exercice pour digérer un cours. Rien ne vaut le cours dispensé par le professeur qui définira le sujet de l’examen. Si le professeur est peu passionnant, séchez mais astreignez-vous alors à apprendre régulièrement le programme tout au long de l’année afin de ne pas le découvrir au moment de la révision des partiels. Récupérer les notes d’un autre étudiant ne remplacera jamais d’avoir assisté au cours.
  • Soyez parfaitement au point sur la méthodologie: c’est le nerf de la guerre. Avoir compris ce qui est attendu, respecter les consignes, savoir construire un plan de dissertation ou de commentaire d’arrêt, bien construire sa réponse dans un cas pratique, c’est déjà la moitié des points assurés.
  • Apprenez à apprendre: rien de plus dommage que d’étudier inefficacement. Ce qui compte, ce n’est pas le temps que vous passez, ou le nombre de surligneurs que vous videz, mais ce que vous aurez appris.
  • Choisissez avec soin vos options: selon votre projet professionnel mais aussi selon vos goûts. Il est plus facile d’avoir des meilleurs notes quand on apprend quelque chose qui nous intéresse.
  • Choisissiez vos manuels:  Il ne faut pas hésiter à faire le tour des manuels pour trouver celui qui nous est le plus adapté. Le manuel le plus clair n’est pas forcément celui de votre professeur. Évitez les pavés indigestes qui relèvent plus de la thèse que du manuel.
  • Pensez aux points bonus: les langues optionnelles, le sport…
  • Soyez curieux: le droit peut être une discipline aride, mais elle est intéressante si on va au delà du bachotage. Alors suivez l’actualité, lisez de la doctrine, faites des stages.
  • Faites vous des amis: les années étudiantes sont parmi les plus enrichissantes de votre vie. C’est là que vous rencontrerez les amis qui vous accompagneront toute votre vie, ça serait dommage de passer à côté.

Travailler pendant les études: job étudiant vs stage

Le job étudiant: si possible avec modération

Parfois par choix, souvent par nécessité, beaucoup d’étudiants travaillent à côté de leurs études. Se confronter au monde du travail est une expérience très enrichissante qui permettra de vous faire mûrir. On remarque cependant un taux d’échec bien plus important chez les étudiants-salariés, en particulier en fac de droit où le travail demandé est particulièrement important.

Si vous souhaitez travailler, essayez donc de limiter le nombre d’heures : même un temps partiel 20 h par semaines reste difficile à gérer, en particulier en première et deuxième années ; un temps complet est à notre avis envisageable. L’idéal est de trouver un job étudiant en rapport avec le monde du droit et peu chronophage.

Il reste possible de travailler pendant les longues vacances d’été. Là encore cependant, on encourage les étudiants qui peuvent se le permettre financièrement à effectuer plutôt un stage, certes en général moins rémunéré, mais bien plus utile sur le long terme.

Le stage de droit: indispensable

Faites des stages

S’il ne faut pas abuser des jobs étudiants, on vous encourage au contraire à faire le plus de stages possibles et le plus tôt est le mieux. Profitez donc de vos longues vacances d’été pour faire des stages ou essayer d’en faire en alternance pendant l’année (sans que ça ne vous empêcher de réussir vos examens…).

Certaines entreprises font les difficiles: elles refusent les stages en alternance, de moins de 6 mois, ou exigent au minimum un niveau M2. Trouver un stage n’est donc pas toujours aisé notamment pour les étudiants encore novices. Il ne faut cependant pas se décourager: les entreprises restent demandeuses de stagiaires qui sont de la main d’oeuvre « bon marché » pour le dire crûment.

Certains stages sont obligatoires, c’est notamment le stage de Master 2 (pour les M2 pro) et dans le cadre des écoles professionnalisantes (ENM, écoles d’avocats avec le PPI et le stage final…). Néanmoins, il est vivement recommandé d’avoir fait au moins un premier stage auparavant.

Bien choisir son stage

Visez large selon vos envies et votre profil : cabinets d’avocats, PME, grandes entreprises, associations, juridictions, administrations…rares sont les organismes à ne pas recourir à des stagiaires. C’est pour vous l’occasion ou jamais de découvrir une profession et d’affiner votre projet professionnel. L’écart entre fantasmes et réalité est parfois abyssal et il vaut mieux s’en rendre compte le plus tôt possible.

Dans une petite structure, vous aurez probablement plus de chance d’être accompagné, d’avoir plus de responsabilité et d’être suivi par votre maître de stage. L’indemnité de stage risque cependant d’être réduite…

Dans les grosses structures, notamment les gros cabinets d’avocats, il arrive que les stagiaires soient cantonnés à des taches moins intéressantes. Ils ne sont parfois pas affectés à un collaborateur ou à un associé qui les suit et les forme mais constituent un pool de stagiaires interchangeables. Le stage en lui-même peut donc être moins formateur.

Néanmoins les stages dans ces grosses structures sont indispensables si vous souhaitez un jour en intégrer une. De plus, ces stages sont aussi ceux qui se revendent le mieux : même si vous souhaitez à terme intégrer une petite structure, les recruteurs (même des petites structures) sont souvent rassurés par les candidats qui sont passés par des structures reconnues.

Les stages dans les petites structures ne sont pas à négliger pour autant. Par exemple pour premier stage si votre CV ne vous permet pas d’intégrer une entreprise du CAC 40 ou un cabinet d’avocats anglo-saxon. Soit au contraire à l’issue de vos études, une fois que votre projet professionnel est abouti, et que vous souhaitez intégrer la société à l’issue du stage.

Trouver un stage

Pour trouver un stage dans le domaine du droit, la méthode est la suivante:

  • Regardez les offres de stages sur internet. Le plus important site proposant des offres de stages juridiques est Village de la Justice mais il en existe de nombreux autres.
  • Postulez en candidature spontanée:  beaucoup d’entreprises recrutent sur candidatures spontanées, et notamment les cabinets d’avocats qui n’ont pas de services de ressources humaines et ne publient pas d’offres de stages. Pour identifier les cabinets d’avocats qui vous intéressent, regarder les classements (Legal 500, Décideurs, LeadersLeague…) qui permettent d’avoir une idée des principaux cabinets dans chaque spécialité.
  • Faites appel à votre réseau.

Une fois les entreprises ciblées, il faut être stratégique:

  • Soignez votre CV: il doit être propre, sans faute d’orthographe, tenir sur une page et bien vous mettre en valeur (diplômes, expériences, mais aussi une photo, vos loisirs et activités extrascolaires…).
  • Bien personnalisez votre lettre de motivation: montrez que vous vous êtes renseignés sur la société à laquelle vous postulez, montrer pourquoi votre profil est adapté à leur activité… rien n’est pire qu’une candidature impersonnelle.
  • Insistez. N’hésitez pas à renvoyer le CV au bout de quelques mois, ou à appeler la société: cela permet d’identifier qui s’occupe du recrutement des stagiaires (rarement le managing partner du gros cabinet d’affaires), d’éviter d’être noyé parmi les candidatures et d’avoir une seconde chance, notamment si votre CV était tombé à une période où la société ne cherchait pas encore de stagiaires.
  • Prenez-vous y à l’avance. Le calendrier de recrutement varie beaucoup selon les structures. En règle générale, plus la société est importante, plus ils recrutent leurs stagiaires à l’avance. Nous vous conseillons de vous y prendre un an à l’avance pour le stage final en cabinet d’avocats, et au moins 3 mois à l’avance pour les autres stages.
  • Préparez votre entretien de stage: renseignez vous sur l’entreprise, sur votre interlocuteur. Entraînez-vous à vous présenter (cursus, expérience, ce qu’elles vous ont apportées etc.). Préparez aussi des questions à poser à l’issue de l’entretien.

Un stage, combien ça paye

Les indemnités de stage sont du point de vue du stagiaire rarement à la hauteur du travail demandé, mais sur le long terme, le « sacrifice » est largement rentabilisé.

Depuis le 1er septembre 2016, la rémunération des stagiaires effectuant un stage de plus de 2 mois est de 3,60 euros de l’heure. Désormais, un stagiaire touchera donc pour un temps plein une gratification minimale de 554 euros/mois.

En pratique, les administrations (collectivités, État, juridictions) et les associations ne vont pas au-delà. Les grandes entreprises sont en revanche plus généreuses de l’ordre de  800 ou 1000 euros, montant qui peut exploser dans les plus gros cabinets d’avocats d’affaires ; ces derniers demandant en contrepartie un investissement personnel très conséquent.

Faculté de droit

Camille Stromboni (CC BY-ND 2.0)

Le droit à l’international

Le bon plan: l’échange à l’étranger ou l’année Erasmus

La plupart des facultés de droit proposent désormais des échanges à l’étranger avec un choix de destination variable. C’est la fameuse année Erasmus, quand elle est effectuée en Europe. En pratique, d’échange est souvent proposée en troisième année (L3) ou quatrième (M1) année. Il faut s’y prendre l’année précédente pour s’inscrire soit dès la L2. L’échange dure un ou deux semestres.

Attention, en règle générale, il n’y a pas assez de place pour tous les étudiants. L’université sélectionne donc sur dossier. C’est notamment le cas vers les pays anglophones et notamment vers les universités du Royaume-Uni très demandées et où la concurrence est très rudes pour obtenir une place. Les élèves privilégient également les échanges diplômants, qui permettent non seulement de valider son année en France (c’est toujours le cas), mais également d’obtenir un diplôme de l’université d’accueil.

Il existe cependant souvent des destinations moins prisées et plus exotiques, accessibles même aux élèves « moyens ».

Sauf si vous êtes partis à Harvard, l’année à l’étranger ne fera pas forcément la différence sur votre CV même si c’est toujours un petit plus. Mais c’est une opportunité formidable qu’on retrouve rarement voire jamais dans la vie professionnelle. C’est l’occasion unique d’apprendre ou de pratiquer une langue étrangère (même si on ne devient pas bilingue en un an), de sortir de son petit confort, de découvrir une culture étrangère autrement que comme touriste et de se faire de nouveaux amis.

La séance de rattrapage: Le LLM ou Master of Law

Le LLM se fait après le Master 2. C’est une bonne alternative à l’échange universitaire si vous n’en avez pas fait, ou si vous souhaitez revivre une expérience internationale. Comme l’année Erasmus, ça peut être un plus sur le CV.

Avantage: on ne perd pas une année d’enseignement du droit français.

Inconvénient: si l’année Erasmus est gratuite (sauf le coût de la vie et le coût de l’inscription à la fac en France), les LLM sont souvent plus chers, voir beaucoup plus chers: surtout pour les Français habitués à la quasi gratuité des études, et ce, sans compter le coût de la vie sur place.

A noter, on est sélectionné par l’université qui délivre le LLM et non par son université d’origine qui exige en général un bon niveau d’anglais. En revanche, les LLM sont réservés en pratique aux étudiants étrangers: vous ne serez pas mélangés avec les locaux ni ne suivrez les mêmes cours. Le rythme sera plus cool et les exigences académiques moindres. En contrepartie, un LLM n’équivaut pas à un « vrai diplôme » de l’université et ne suffit en général pas à trouver un emploi dans le pays.

Comme l’année Erasmus, il faut s’y prendre assez à l’avance. Au delà des dates de dépôt des dossiers, il vous faudra identifier le LLM adapté, préparer le dossier: obtention d’attestations de professeurs ou maîtres de stage, traduction des relevés de notes, obtenir un certificat prouvant le niveau de langues…

Le stage à l’étranger: une alternative peu usitée

Le stage à l’étranger est une bonne alternative à l’année Erasmus ou au LLM. Il est d’ailleurs possible de cumuler les deux pour une vraie expérience internationale. Il est vrai qu’il reste difficile pour un juriste de trouver un stage à l’étranger, surtout s’il n’est pas déjà sur place. S’il faudra redoubler d’effort, c’est normal, vous ne connaissez a priori rien au droit de ce pays.

Il est conseillé de prospecter auprès des entreprises ou cabinets français implantés dans le pays. Il vous sera également possible d’élargir votre recherche à des postes moins techniques, où la connaissance du droit local ne sera pas requise.

Il sera en règle général évidemment indispensable de parler la langue du pays. Un diplôme d’une université du pays est évidemment un gros plus.

Après le Master 2

Les écoles d’avocat

Un nouvel examen national presque unifié

La présentation de l’examen pour devenir avocat a été réformée par l’arrêté du 17 octobre 2016 et le décret n° 2016-1389 du même jour. L’examen d’accès à la profession d’avocat reste organisé localement par des centres d’examen régionaux, mais acquiert une dimension nationale : désormais les étudiants composeront le même jour, sur des sujets d’épreuves écrites identiques pour tous. Néanmoins, la correction des copies restera effectuée par chaque centre d’examen.

La réforme devrait donc mettre fin à la grande disparité entre les anciens IEJ dans les taux de réussites, sans procéder à une parfaite unification. Cette unification n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les étudiants car son objectif avoué est de restreindre l’accès à la profession d’avocats, en passe d’être saturée.

Le programme du CRFPA a également légèrement évolué.

L’admissibilité

L’admissibilité est désormais composé de quatre épreuves écrites:

  • une note de synthèse (5 heures, coef. 3) ;
  • une épreuve de droit des obligations : cas pratique, commentaire d’arrêt ou dissertation (3 heures, coef. 2). Au programme :  Contrats, Responsabilité civile, Régime général de l’obligation, Preuves.
  • un cas pratique sur une matière choisie (3 heures, coef 2):
    • droit civil:  Biens, famille, régimes matrimoniaux, contrats spéciaux et Sûretés.
    • droit des affaires: Commerçants et sociétés commerciales, actes de commerce, fonds de commerce, opérations bancaires et financières, droit des procédures collectives.
    • droit social:  Droit du travail, droit de la protection sociale, droit social international et européen.
    • droit pénal: droit pénal général et spécial, droit pénal des affaires, droit pénal du travail, droit pénal international et européen, régime de l’enfance délinquante;
    • droit administratif: droit administratif général et droit administratif spécial;
    • droit international et européen  : droit international public et privé, droit du commerce international, droit européen;
  • une épreuve de procédure (deux heures, coef. 2)
    • procédure civile et modes alternatifs de règlement des différends ;
    • procédure pénale ;
    •  procédure administrative contentieuse

Une autre nouveauté est l’obligation de choisir son épreuve en procédure en fonction de la matière de spécialité:

Procédure civile et modes alternatifs de règlement des différends Candidats ayant choisi la matière droit civil, droit des affaires ou droit social
Procédure pénale Candidats ayant choisi la matière droit pénal
Procédure administrative contentieuse Candidats ayant choisi la matière droit administratif
Procédure civile et modes alternatifs de règlement des différends ou procédure administrative contentieuse Candidats ayant choisi la matière droit international et européen

L’admission

Pour être admissibles, les candidats doivent comme auparavant avoir obtenu une moyenne au moins égale à 10 sur 20 à l’ensemble des épreuves écrites.

Pour les étudiants admissibles, les épreuves orales sont désormais réduites à deux:

  • un oral de langue : en principe seulement l’anglais (mais avec une dérogation prévue jusqu’en 2020) (coef 1);
  • le fameux grand oral dont le programme est élargi et qui porte désormais sur « un sujet relatif à la protection des libertés et des droits fondamentaux permettant d’apprécier les connaissances du candidat, la culture juridique, son aptitude à l’argumentation et à l’expression orale ». (coef 4)

Pour être admis, les candidats doivent avoir obtenu une moyenne au moins égale à 10 sur 20 à l’ensemble des épreuves d’admissibilité et d’admission.

Préparer le CRFPA

Quelques conseils pour bien préparer le CRFPA:

Passer par un IEJ

l’inscription à un IEJ reste obligatoire. Ils dispensent habituellement quelques cours, le soir, avec des examens blancs tout au long de l’année.

Passer éventuellement aussi par une prépa privée:

Une prépa privée pas indispensable car normalement vous savez à ce niveau réviser tout seul. Vous connaissez le programme et d’ailleurs vous avez normalement déjà étudié les matières durant votre scolarité.

C’est néanmoins utile, pour se donner un rythme pendant l’été studieux que vous aurez à passer, pour être au courant de l’actualité, et enfin peut être surtout pour passer des examens blancs avant le jour J.

Passer le CRFPA plutôt possible

Les matières au programme du CRFPA sont principalement des matières de deuxième ou troisième année (même si on attend de vous de les préparer avec la maturité d’un élève de niveau master).

Plus vous attendrez, moins ces dernières seront fraîches dans votre mémoire. De même, après de nombreux stages, vous commencerez à être rouillé pour la rédaction des dissertations, des cas pratiques ou des commentaires d’arrêt (même si la préparation devrait vous remettre le pied à l’étrier).

Il est donc conseillé de passer le CRPFA en fin de M1 ou de M2.

S’y prendre à l’avance

Le CRFPA a lieu à la rentrée, vers septembre-octobre, avec des oraux en octobre-novembre.

L’examen se prépare surtout pendant l’été mais il est conseillé d’avoir commencé à réviser pendant l’année. Si vous devez avoir des bases dans vos spécialités, il est probable que vous soyez moins préparé en droit des obligations ou en libertés fondamentales.

Cultiver votre culture juridique

Suivez l’actualité juridique et politique, en particulier tout ce qui a trait aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales. Cette connaisance juridique vous sera indispensable pour le grand oral.

La scolarité dans les écoles d’avocats

Les écoles d’avocats sont au nombre d’une quinzaine: EFB, HEDAC, IXAD, ERAGE et autres EDA. Elles ne sont pas remises en cause par la réforme.

La scolarité dans les écoles d’avocats est de dix-huit mois décomposée comme suit:
  • six mois d’enseignement (cours divers dont la déontologie dispensés par des avocats) ;
  • six mois de Projet Pédagogique Individuel (PPI): un stage hors cabinet d’avocats:
  • six mois de stage en cabinet d’avocats (le stage final).

Il est possible de commencer soit par les cours, soit par le PPI. En pratique, ne mettez pas trop d’espoir dans les cours, dont la qualité, bien que variable selon les écoles, reste assez moyenne et parfois peu adaptés à votre spécialité.

La scolarité se termine en principe par le stage final avec peut être à la clé un contrat de collaboration.

A l’issue, de ces 18 mois, vous passerez le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) qui est pratique une quasi-formalité. Outre quelques épreuves juridiques, il s’agit habituellement de présenter vos rapports de stage, de préparer une plaidoirie et enfin de l’épreuve reine de déontologie.